
Analyse du poète Gaston Miron
Contexte de réalisation
Gaston Miron, célèbre poète contemporain québécois, publie son premier et ultime recueil de poèmes L’homme rapaillé en 1970. Son œuvre devient rapidement un classique de la littérature francophone et fait écho non seulement dans la société québécoise, mais partout autour du globe. Il a d’ailleurs été traduit en plusieurs langues. Au fil des ans, il reçoit plusieurs récompenses littéraires, dont le prix Guillaume-Apollinaire en 1980. Puis, dans les années 1990, on lui décerne la médaille de l’Ordre des francophones d’Amérique ainsi que les insignes de Commandeur des Arts et des Lettres de la République française.
Confronté dès son plus jeune âge au pouvoir économique et social des anglophones dans la société, Miron nourrit un fort sentiment nationaliste québécois et tente de contrer l’influence grandissante de l’anglais sur la langue française. Très tôt dans sa carrière d’écrivain et d’éditeur, il milite pour une prise de conscience de la condition sociale et linguistique du français au Québec. Il organise des rencontres poétiques à plusieurs reprises, dont sa plus célèbre a été La Nuit de la Poésie en 1970. Au fil du temps, il se lie également à différents partis politiques, dont le Nouveau Parti Démocratique (NPD), le Parti Québécois (PQ) ainsi que le Mouvement Québec français.
En outre, ses œuvres poétiques reflètent majoritairement son engagement social et politique. Elles deviennent ses outils pour communiquer son indignation et ses valeurs. Né d’un contexte artistique houleux, L’homme rapaillé est le miroir de l’âme d’un créateur et d’un militant actif et présent, même à ce jour, dans notre société.
Gaston Miron, L’homme rapaillé, Typo Poésie, 1998; Jean-Louis Lessard, Gaston Miron : Notice biographique, http://felix.cyberscol.qc.ca/lq/auteurm/miron_ga/miron.html, 2005; Catherine Lalonde, Miron - Première biographie de Pierre Nepveu, Le Devoir, 2011.
Résumé et analyse de L’homme rapaillé et du poème Je t’écris I
Le recueil de poèmes L’homme rapaillé comporte trois thèmes prédominants : l’amour, la situation précaire du Québec et de la langue française ainsi que la insurrection. Les poèmes sont divisés en six différentes sections, dont les plus marquantes sont d’ailleurs : La marche à l’amour, La batèche, La vie agonique et L’amour et le militant. Cette œuvre démontre tant l’engagement politique et social de Miron que ses problèmes personnels et ses angoisses intérieures concernant ses relations intimes.
Miron jette sur papier ses pensées et ses émotions de façon succincte et incisive dans le but de créer des images frappantes dans l’esprit du lecteur. Il utilise également une technique stylistique assez particulière qui peut être dépeinte comme étant un sursaut syntaxique : il omet délibérément des mots pour communiquer plus directement ses sentiments et ses idées ainsi que pour transmettre avec le plus de véracité possible son état d’esprit lors de la production.
Son poème Je t’écris I démontre parfaitement les caractéristiques stylistiques et l’originalité de Gaston Miron. Il dépeint savamment l’absence d’amour, qui est un des thèmes récurrents dans son recueil. Grâce à son utilisation de métaphores simples et de sursauts syntaxiques, les émotions qu’il ressentait au moment de l’écriture deviennent poignantes.
Réception critique
Arrachés des mains de son créateur, plusieurs poèmes publiés antérieurement à L’homme rapaillé propulsent Gaston Miron au-devant de la scène internationale francophone. Après sa parution en 1970, son recueil est donc très chaleureusement accueilli et a connu une très grande portée artistique. Gaston Miron devient immédiatement le poète national du Québec et atteint un rôle mythique au fil des ans.
Dans toutes les critiques de l’œuvre, on s’accorde pour dire que les thèmes prépondérants ont résonné dans plus d’un pays. L’homme rapaillé, malgré toutes ces années passées, conserve sa force poétique et est toujours placé au rang de classique littéraire qui se distingue particulièrement du lot.
Par ailleurs, même après sa mort, Gaston Miron restera perpétuellement une figure artistique, politique et sociale affluente dans notre société. Sa poésie influence toujours grandement les écrivains et poètes québécois et étrangers grâce à son originalité. Quelques-uns de ses poèmes ont été mis en chanson récemment dans un album qui s’intitule : Douze hommes rapaillés chantent Gaston Miron.
Globalement, la réception critique de l’œuvre de ce poète hors du commun dépasse le positif, puisque son importance et ses répercussions sont encore soulignées à ce jour. Gaston Miron vit à travers ses poèmes et son engagement social.
Jean-Michel Maulpoix, Gaston Miron, le rapailleur, http://www.maulpoix.net/miron.htm, 2009 ; Louis Hamelin, Gaston Miron - L’avenir à rapailler, Le Devoir, 10 avril 2010; Georges-André Vachon, L’homme rapaillé, Le Devoir, Typo, 1970.
Réception personnelle de l’œuvre
Aux premiers abords, les poèmes de Gaston Miron peuvent apparaitre aux yeux des lecteurs emplis d’incohérence stylistique et sentimentale. La confusion provoquée par les particularités syntaxiques et grammaticales rebute quelques fois les lecteurs moins déterminés et ils abandonnent leur lecture. Il est clair, selon moi, qu’il faut surmonter les premières difficultés de compréhension de Miron et voir au-delà. Une résonance émotionnelle me semble donc nécessaire pour apprécier ses poèmes. De cette façon, je crois que chacun d’entre nous y trouvons plus facilement un lien, une union avec ce qui est écrit.
Par ailleurs, ils évoquent en moi des sentiments de douce mélancolie, d’empathie, mais également de colère, d’indignation et de révolte lorsqu’ils concernent le Québec et la langue française. De plus, il aborde chaque sujet, chaque thème avec tant de sensibilité et de passion que je ne peux m’empêcher de m’identifier à ses expériences et à ses états d’âme. Je ne peux décrire la lecture des poèmes de Miron qu’ainsi : un voyage qui parfois me tourmente, parfois me console, lorsque ce n’est pas les deux en même temps.
Les œuvres Liminaire, Soir Tourmente, Je t’écris I et Une fin comme une autre retentissent en moi et vont jusqu’à m’ébranler totalement. Je m’associe parfaitement à leurs pauses, leurs arrêts, leurs tournures soudaines et leurs envols gracieux. Ils m’emportent littéralement!
We’ll punch a hole right through the night
Everyday the dreamers die
See what’s on the other side